Publié le 18 mars 2022 Modifié le 26 avril 2022

Edito de Philippe Cannard

Il y a quelques jours, j’étais en pleine campagne du Jura et, pourtant, j’ai été témoin de quatre formes de nuisances sonores aériennes. Des avions de ligne évoluant à 10 000 mètres d’altitude (on les entend quand même !), un hélicoptère et son « flap-flap » typique, que j’ai attribué au SAMU, trois avions de chasse volant en rase-mottes, à en faire vibrer les vitres, et de petits avions provenant du petit aérodrome local, manifestement non équipées de silencieux.

Dans ma position de membre du collège de l’ACNUSA, j’attribue sans peine l’usage de chacun de ces aéronefs, ce qui me permet d’en relativiser ma perception de la nuisance. Par exemple, je sais que la formation des pilotes professionnels nécessite de s’entraîner longuement, en pratiquant des « tours de piste », dont le bruit répétitif peut exaspérer la population au sol. Je subis la nuisance, mais mon ressenti se trouve amoindri, du simple fait de la connaissance de l’usage de chacun de ces aéronefs. Mais qu’en est-il des riverains des plateformes aéroportuaires ou des aérodromes à fort trafic ? Est-il certain qu’ils sont tous destinataires des informations nécessaires, au sujet des nuisances qu’ils subissent, qu’il s’agisse du bruit ou de la pollution de l’air? Que font-ils des informations qu’ils reçoivent ?

A une époque où la participation du public à la prise de décision est faible et où le débat public traduit malheureusement des évolutions vers la radicalisation des points de vue, les différentes parties prenantes sont tenues de développer une capacité à maintenir le lien. Par exemple, les cadres de l’aviation civile et ceux des sociétés aéroportuaires intervenant dans des réunions publiques, des groupes de travail locaux ou les commissions consultatives de l’environnement doivent être en mesure d’écouter et de comprendre les associations de riverains le plus souvent compétentes et « gonflées à bloc » par les nuisances vécues. Ils ne peuvent se contenter de penser que la population riveraine est décidément sourde aux arguments rationnels, que l’intérêt général dont ils se sentent porteurs ne l’intéresse pas, qu’on ne peut lui faire confiance, qu’elle contribue à rompre les équilibres du monde d’avant et à aggraver les clivages.

Pour créer les conditions d’un dialogue serein et constructif, il faut former ces personnels à l’intelligence territoriale de façon à leur permettre de contribuer, par leurs postures et par leurs actions, à réduire les frictions qu’ils peuvent rencontrer au contact de personnes qui ont perdu la confiance dans notre capacité collective à vivre ensemble.

Faute d’un effort d’explications, continu et adapté aux situations locales, et de résultats perceptibles en matière de réduction des nuisances, il pourrait ne pas y avoir d’autre solution que de condamner, à moyen ou long terme, des sites aéroportuaires dont la performance environnementale serait devenue insuffisante aux yeux des territoires qu’ils desservent. Pour prévenir de telles situations, les élus locaux et leurs services ont un rôle important à jouer. Leur position intermédiaire entre les services de l’Etat et leurs administrés les qualifie pour participer à la recherche des bons équilibres. Ils sont au contact des sociétés d’exploitation et des usagers (compagnies aériennes, assistants d’escales, écoles de pilotage, aéroclubs etc.), ainsi que des entreprises industrielles et commerciales installées sur les aéroports de leurs territoires. Cette position centrale les oblige, et les invite à mettre au second rang les intérêts individuels des habitants de leurs territoires pour participer efficacement à la nécessaire transition écologique.

Pédagogie incessante de la part des parties prenantes, engagement des agents de l’Etat, implication désintéressée des responsables politiques locaux, respect des engagements pris, amélioration continue des performances environnementales, résultats mesurables, c’est à ce prix que le climat de confiance avec les personnels et les riverains pourra être maintenu ou restauré sur et autour des aéroports et aérodromes.