Publié le 22 juillet 2026

Mouvements en coeur de nuit à Paris-Charles de Gaulle / Hiver IATA 2025

Chaque année, pour une saison entière, qui comprend l’hiver d’une année N-1, suivi de l’été de l’année N, le pouvoir réglementaire fixe un nombre de vols de nuit pouvant être régulièrement opérés sur l’aéroport de Charles-de-Gaulle, par les compagnies qui disposent de créneaux environnementaux spécifiques, dits « créneaux de nuit ». Ce nombre correspond au plafond des vols de nuit sur l’aéroport Paris-Charles de Gaulle, c’est-à-dire qu’il ne saurait être dépassé sans que la réglementation ne soit méconnue. 

Dans un rapport remis au Gouvernement au printemps 2019 et rendu public en septembre 2019[1], l’Autorité de contrôle a dénoncé le contournement du dispositif réglementaire de 2003 relatif au plafonnement des mouvements en cœur de nuit à Paris-Charles de Gaulle, soit le dépassement dudit plafond. 

A la suite de ce rapport, et afin de favoriser une coopération efficace et constructive entre tous les acteurs concernés pour assurer le respect de la réglementation qui fixe un nombre maximum de vols de nuit pouvant être régulièrement opérés chaque saison aéronautique, l’Autorité de contrôle a mis en place un comité de suivi des vols de nuit à Paris-Charles de Gaulle. Ce comité de suivi associe, autour de son président le préfet Régis Guyot, l’aéroport et le coordonnateur national, les compagnies aériennes les plus concernées et les organisations professionnelles. Cette instance permet aux différents acteurs concernés de dialoguer, et surtout, de construire ensemble des mesures concrètes, efficaces et pérennes afin que le nombre de vols de nuit opérés chaque saison aéronautique ne dépasse pas le plafond réglementairement fixé. Ces dernières années, les résultats concernant les départs de nuit sans créneau spécifique, dit environnemental, maintiennent leur niveau satisfaisant. Et, en ce qui concerne les arrivées de nuit bien que programmées de jour, d’importantes évolutions favorables ne peuvent qu’être constatées. 

Depuis la mise en place du comité, un bilan est dressé pour chaque saison aéronautique, même si d’un point de vue administratif, seuls les bilans annuels (hiver + été) permettent d’apprécier les résultats des actions concertées entre les compagnies aériennes, l’aéroport et le coordonnateur national des vols au regard de la contrainte réglementaire.

Ces bilans offrent un partage de l’information sur la tendance de l’activité saisonnière sur l’aéroport au regard de la réglementation applicable. Le présent article rend compte de la situation après la saison hiver 2025[2].

Le plafond, qui était de 17 557 mouvements de nuit pour la dernière année complète IATA hiver 2024 / été 2025, a été reconduit pour cette année IATA hiver 2025 / été 2026. 

Tout d’abord, il importe de souligner que l’hiver IATA 2025 (26 octobre 2025 – 28 mars 2026) a été caractérisé par une poursuite de l’augmentation du trafic aérien, qui depuis l’hiver IATA 2024 est supérieur à celui constaté lors de l’hiver IATA 2019, avant la crise sanitaire. 

Le trafic de l'hiver 2025 a dépassé celui de l'hiver 2019 de 7 765 mouvements (+ 4,3 %). Le trafic de jour de la saison d’hiver 2025 a été supérieur de 4,6 % (soit 8 053 vols) à celui de la saison d’hiver 2019. En revanche, le trafic de nuit de la saison d’hiver 2025 a été inférieur de 3,9 % (soit 288 vols) à celui de la saison d’hiver 2019. Pour les vols de nuit, il importe de souligner que les arrivées ont fortement diminué par rapport à l’hiver 2019 (avec 546 mouvements de moins, soit une diminution de 16,3 %) tandis que les départs ont, parallèlement, augmenté (de 258 mouvements, soit 6,3 %). La part des vols de nuit est donc en baisse : alors qu’elle représentait 4,1 % des vols lors de l’hiver 2019, elle représente 3,8 % des vols à l’hiver 2025.   

Lors de l’hiver IATA 2025, il a été constaté une hausse du nombre de mouvements de jour comme de nuit par rapport à l’hiver 2024 (+ 1,8 %) : 

  • les mouvements de jour ont augmenté de 1,8 %, soit 3 206 mouvements de plus (179 058 mouvements de jour lors de l’hiver 2024 contre 182 264 en 2025) ;
  • et les mouvements en cœur de nuit ont augmenté de 3,3 %, soit 228 mouvements de plus (6 924 mouvements de nuit lors de l’hiver 2024 contre 7 152 en 2025).

La part des vols en cœur de nuit dans le nombre de mouvements total est en légère augmentation, d'un hiver à l'autre, en passant de 3,72 % en 2024 à 3,78 % en 2025.

D’un hiver à l’autre, le nombre de mouvements réalisés en cœur de nuit sur créneaux de jour (en présomption de non-respect de la règlementation en vigueur), avec un total de 263 vols, en 2025 a légèrement baissé, avec une diminution de 6 mouvements (- 2,2 %). Alors que ces mouvements étaient en baisse régulière de l’hiver 2019 à l’hiver 2021, ils avaient augmenté de 23 % (passant de 221 à 272) entre l’hiver IATA 2021 et l’hiver IATA 2022. 

Dans le détail, le nombre des arrivées en cœur de nuit sur créneaux de jour a baissé de 6 unités d’un hiver à l’autre, passant de 237 en 2024 à 231 en 2025 (- 2,5%). Le nombre de départs en cœur de nuit sur créneaux de jour, quant à lui, est resté identique (32) d’un hiver à l’autre. 

Ainsi, l’hiver IATA 2025 a compté 6 vols en cœur de nuit sur créneaux de jour de moins que l’hiver précédent : 269 lors de l’hiver 2024, contre 263 lors de l’hiver 2025. 

Les chiffres de cette saison hivernale 2025 et leur comparaison avec les saisons précédentes montrent que la marge de manœuvre pour assurer le respect du plafond réglementaire des vols de nuit opérés sur l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle s’amenuise. Les compagnies semblent en effet avoir plus largement que les hivers précédents utilisé leurs créneaux de nuit. Les possibilités de report de créneaux de nuit sur la saison suivante sont donc devenues assez minces. Or, les années précédentes, il a pu être constaté que les difficultés rencontrées pour respecter le plafond réglementaire d'été, dues à la densité de la demande touristique et à la saturation de l'espace aérien, ont pu être palliées par les marges de manœuvre qui avaient été dégagées à l'issue des saisons d'hiver. C’est grâce à ces marges de manœuvre que le plafond annuel a pu être respecté lors des années précédentes.

En l’absence de telles marges, cette année, il est permis de s’inquiéter sur la faculté des acteurs à respecter le plafond réglementaire. Ce, alors que la saison d'été 2026 (S26) s'annonce objectivement difficile pour une série de raisons, au premier rang desquelles la situation géopolitique et les incertitudes économiques et opérationnelles qu'elle engendre pour le transport aérien. A cela s'ajoutent les importantes difficultés d'ores-et-déjà annoncées par la DSNA en ce qui concerne le contrôle aérien, notamment en région méditerranéenne. Ces mêmes facteurs pourraient agir comme des freins à certains déplacements et ainsi, paradoxalement, potentiellement œuvrer au respect dudit plafond réglementaire.

En tout état de cause, l'attention des compagnies doit porter sur la rigueur opérationnelle qu'impose cette situation, a fortiori à la veille des décisions consécutives aux conclusions de l'étude d'approche équilibrée de la plate-forme de Paris-Charles de Gaulle alors que les volontés d’augmenter les restrictions d'exploitation se font entendre. Le respect du plafond réglementaire annuel reste la clé de voûte de la qualité des rapports entre le monde aéronautique, les collectivités territoriales et les associations de riverains.

Dans ce contexte, la mission du comité apparaît d’autant plus prégnante. Il doit continuer d’alerter, le cas échéant, les situations non réglementaires et de se tenir à la disposition des compagnies concernées pour examiner et analyser avec elles, chaque mois, vol par vol, les raisons conduisant à des arrivées trop tardives le soir ou trop précoces le matin par rapport aux limites de la nuit. 

La poursuite de cette méthode de travail ne peut qu’être encouragée, afin que les résultats obtenus par le comité de suivi, après plus de six ans d’existence, se pérennisent. La collaboration des différents acteurs au sein du comité de suivi des vols de nuit sur l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle permet de démontrer, dans notre monde ultra normé, qu’une voie d’action plus souple et concertée peut, si tous les acteurs prennent leurs responsabilités, conduire au respect du plafond réglementaire sans alourdir la réglementation existante. Il ne peut qu’être souhaité que cette situation se vérifie à l’issue de la saison été IATA 2026.


[1] Vols de nuit Paris-Charles de Gaulle rapport d’enquête 2019 

[2] Pour l’accès aux rapports publiés depuis la mise en place du comité de suivi :