Publié le 19 octobre 2022 Modifié le 29 novembre 2022

Edito de Fannie Onen, membre du collège de l'ACNUSA

Nuisance sonore aéroportuaire et Sommeil des riverains

La nuisance sonore des avions pendant la nuit est une source de perturbation pour le sommeil avec un risque d’altération de sa qualité et de sa quantité.  Le sommeil est une fonction physiologique à évolution cyclique qui occupe le tiers de la vie d’un individu. Selon les différentes périodes de la vie à des degrés différents, le sommeil est impacté par l’environnement et les modes de vie. Sur le plan chronobiologique chez l’homme, la période la plus propice au sommeil est la période nocturne. Le bruit, la lumière et la température sont les principaux facteurs pouvant perturber la quantité et la qualité sommeil d’une manière isolée ou combinée. Les perturbations du sommeil peuvent être de courte durée ou se chroniciser.

Les dernières lignes directrices de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour la région Europe 2018, relatives au bruit dans l’environnement recommandent de réduire les niveaux sonores à moins de 45 dB Lnight pour le transport routier, 44 dB Lnight pour le traffic ferroviaire et 40 dB Lnight pour le transport aérien. Ces recommandations publiées en 2018 sont basées sur les niveaux d’exposition au bruit environnemental à partir desquels les effets néfastes sur la santé sont observés.

En effet, des études épidémiologiques réalisées dans les populations riveraines d’aéroports, dans différents pays de l’Europe, notamment en France suggèrent que l’exposition au bruit des avions aurait des effets délétères sur le sommeil, le système cardiovasculaire, la sécrétion de certaines hormones ainsi que sur la qualité de vie.

Il est important de souligner que les facteurs environnementaux en général et du bruit en particulier sont différemment perçus selon les individus en fonction de l’âge, du sexe, de l’état de santé, des conditions de travail, des conditions familiales et des interactions sociales. En effet, certains profils d’individus sont beaucoup plus sensibles et vulnérables aux nuisances sonores de la nuit. Parmi les facteurs de vulnérabilité on peut citer le travail posté, la mauvaise hygiène de vie et de veille-sommeil, les problèmes de santé multiples physiques et/ou psychologiques, l’usage au long cours de certains médicaments, l’automédication, la consommation inappropriée de caféine, théine, alcool ou l’usage de substances illicites.

Pour avoir un bon sommeil il convient de doser chaque ingrédient environnemental à l’échelle individuelle.  Au-delà des mesures collectives et réglementaires pour la prévention et la réduction de l’impact négatif des nuisances sonores aéroportuaires, un certain nombre de conseils peuvent être formulés à l’échelle individuelle.

Dans ce sens, on peut suggérer l’éviction des autres co-facteurs environnementaux sur le sommeil. Par exemple, la température de la chambre et surtout la température perçue par l’individu doit lui être confortable sans excès de chaleur ni de froid. Le sommeil s’installe plus facilement lorsque la température interne de l’individu commence à diminuer en début de nuit. Un autre exemple est l’usage abusif des écrans émettant de la lumière bleue. Il s’agit essentiellement des écrans de télévision, d’ordinateur, de téléphones portables et de tablettes.

Les lumières bleues émises par ces écrans sont perçues par la rétine au point d’inhiber la sécrétion de mélatonine. La mélatonine est une hormone secrétée par l’épiphyse (une structure profonde du cerveau) pendant l’obscurité (en l’absence de lumière bleue) afin de faciliter l’endormissement et le maintien du sommeil. La mélatonine est ainsi considérée comme « l’hormone du sommeil ».

En ce qui concerne les nuisances sonores subies par les riverains des aéroports un certain nombre d’avancées réglementées ont été obtenus ces dernières années sur certains aéroports avec la réduction progressive du nombre de vols de nuit, voir un couvre-feux au cœur de la nuit. Cette tranche horaire de réduction des vols correspond également à l’évolution chronobiologique de besoin accru de sommeil et de repos sur le nycthémère. Il existe aussi des seuils de bruit préconisés par la directive européenne 2002/49/CE25. Parmi les autres mesures réglementaires préconisées ou en cours pour réduire l’impact de la nuisance sonore, on peut citer l’isolation acoustique financée des habitations impactant la maîtrise de l'urbanisation des zones survolées, l’obligation, pour les décollages en cœur de nuit, de détention d'un créneau horaire sous peine de sanctions et la généralisation des descentes « douces » des avions (sans paliers) pour réduire les nuisances sonores et les émissions de gaz à l'atterrissage au moins pendant la plage nocturne.

L'ACNUSA exerce pleinement sa mission de contrôle du respect de ces mesures réglementaires auprès des différentes parties intéressées.  C’est une autorité indépendante qui contrôle et sanctionne les nuisances sonores et les émissions de polluants générées par l’activité des aéroports. Elle établit des recommandations sur toute question relative aux nuisances environnementales relatives aux aéroports. Elle exerce également une mission d’information et de transparence notamment vis-à-vis des riverains.

Le collège de l’Autorité avec l’ensemble de ses membres qui sont de différents horizons, continue ses missions avec dynamisme pour contribuer à réduire les nuisances liées à l’activité des aéroports qui impactent la santé et l’environnement.